ÉDITO

Mariage forcé : elle avait dit non

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ÉDITORIAL — Le témoignage d’une jeune fille mariée contre sa volonté rappelle une exigence fondamentale : aucune décision familiale ne devrait remplacer le consentement de la première concernée.

Le refus d’une jeune fille devrait suffire à empêcher un mariage. Pourtant, lorsque la volonté familiale prend le dessus, ce refus peut être ignoré, contourné ou étouffé par les pressions. On lui désigne un époux, on décide de son avenir, puis on attend qu’elle accepte.

Une jeune fille que j’appellerai Aïcha pour protéger son identité vient de m’annoncer avoir été mariée à un homme qu’elle avait expressément refusé d’épouser. Elle a vécu dans mon foyer. Je connaissais sa peur de cette union.

Son témoignage pose une question essentielle : quelle valeur accordons-nous au consentement des femmes lorsqu’il contrarie la volonté de leur famille ?

Aïcha avait clairement refusé ce mariage

Lorsque Aïcha est arrivée chez moi, elle avait déjà traversé des moments difficiles. Au fil du temps, elle avait trouvé sa place dans notre quotidien. Ma fille et elle étaient devenues inséparables. Elle faisait partie de notre famille.

Un jour, elle m’a confié que ses parents souhaitaient la marier à un homme âgé, déjà polygame. Elle ne l’aimait pas et ne voulait pas l’épouser. Sa mère insistait pourtant pour qu’elle rentre.

Je lui ai assuré qu’elle pouvait rester chez nous. Qu’elle n’avait pas à partir pour accepter une union dont elle ne voulait pas.

Son refus était clair. Il ne s’agissait ni d’une hésitation ni d’une demande de délai.

Un retour fondé sur une promesse

Selon ce qu’Aïcha m’a raconté, sa mère lui a ensuite assuré que le projet de mariage était abandonné. Elle pouvait rentrer.

Avant son départ, je lui ai demandé si elle était certaine que cette assurance ne cachait pas un piège. Elle pensait pouvoir lui faire confiance. Elle a finalement décidé de rejoindre les siens.

Aujourd’hui, elle m’annonce que le mariage a eu lieu avec cet homme qu’elle avait refusé.

Pendant notre échange, j’ai entendu de la tristesse dans sa voix. Son dernier message m’a donné le sentiment d’une profonde résignation. Je ne peux pas parler à sa place de tout ce qu’elle vit. Mais je me souviens de ce qu’elle m’avait dit avant de partir : elle ne voulait pas de ce mariage.

Le consentement ne peut pas être remplacé par la volonté familiale

Une famille peut conseiller, exprimer des inquiétudes ou proposer une rencontre. Elle ne devrait jamais s’arroger le pouvoir de choisir un époux contre la volonté de sa fille.

Les arguments de la tradition, de la sécurité matérielle ou de la respectabilité ne répondent pas à la question centrale : veut-elle de cette union ?

Accepter sous la pression, par peur de décevoir ou faute de solution pour se protéger ne peut pas être assimilé à un choix libre. Le silence qui suit des refus ignorés ne devrait pas davantage être interprété comme une adhésion.

Une femme doit pouvoir dire non sans que toute sa place dans la famille soit remise en cause.

Protéger une fille, c’est aussi respecter ses choix

Le foyer familial devrait être un lieu où l’on peut revenir sans craindre de perdre le contrôle de sa vie.

Lorsqu’une jeune fille confie sa peur à ses parents, elle devrait trouver une écoute. Lorsqu’elle refuse un mariage, elle devrait pouvoir compter sur leur protection.

Prétendre agir pour son bien ne dispense pas de l’écouter. Comment parler de protection si la première conséquence de cette décision est de lui imposer ce qu’elle redoute ?

Cette question concerne aussi l’entourage. Que faisons-nous d’un refus que nous avons entendu ? Le prenons-nous au sérieux, ou le traitons-nous comme une résistance qu’il faudrait finir par vaincre ?

Face au mariage forcé, la culpabilité doit changer de camp

Ce témoignage me touche personnellement. J’avais accueilli Aïcha, entendu sa peur et proposé qu’elle reste. Apprendre ce qui lui est arrivé a fait naître un sentiment douloureux d’impuissance.

Comme féministe, je me suis demandé pourquoi je n’avais pas pu la protéger. Mais cette culpabilité ne doit pas masquer les responsabilités : ce sont les personnes qui imposent une union qui doivent répondre de leur décision.

Celles qui subissent ces pressions n’ont pas à porter, en plus, le reproche de ne pas avoir suffisamment résisté. Leur dire qu’elles auraient dû refuser plus fermement revient à oublier qu’elles avaient parfois déjà dit non, à plusieurs reprises.

Le droit de choisir doit devenir une réalité

À O’Fem Magazine, nous devons continuer à ouvrir un espace pour ces paroles, en respectant la sécurité et la volonté des femmes qui nous les confient.

Dénoncer le mariage forcé exige de regarder ce qui le rend possible : les pressions, la dépendance, la peur de rompre avec sa famille et la conviction que d’autres sauraient mieux qu’une femme ce qui est bon pour elle.

Aïcha mérite d’être entendue au-delà de ce qui lui a été imposé. Elle a des aspirations, des liens, une vie dont elle devrait pouvoir décider. Je souhaite qu’elle puisse trouver le soutien nécessaire pour choisir la suite.

Elle avait dit non. Ce refus aurait dû suffire.


Le prénom a été modifié et certains détails personnels ont été omis pour protéger l’identité de la jeune fille. Cet éditorial repose sur les échanges de l’autrice avec elle.

Journaliste et Communicante, fondatrice d’O’Fem Magazine, un média féministe engagé dédié à l’information et à la parole des femmes. Je dirige la publication d’O’Fem avec une conviction forte : l’information peut (et doit) être un outil de libération. Passionnée par le web, l’audiovisuel et les formats innovants, je m’intéresse particulièrement aux questions de jeunesse, d’entrepreneuriat féminin et d’égalité des genres. Féministe radicale, je déconstruis les normes patriarcales à travers mes écrits et mes prises de parole. Curieuse et sensible au monde, j’aime la musique, la lecture, la cuisine du monde et les voyages qui ouvrent l’esprit. Suivez-moi sur les réseaux sociaux pour découvrir mon univers, mes combats, et mes réflexions au fil des jours.

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